Fawzi Brachemi, l’artiste africain qui parle des femmes

Arts Design Africa a choisi le mois de la femme pour vous présenter Fawzi Brachemi. Cet artiste algérien pluridisciplinaire, a choisi la peinture pour montrer la femme orientale dans sa diversité et telle qu’il la voit. Ses peintures nous invitent à voyager et à réfléchir sur des corps et des visages devenus paysage et pure géométrie. Rencontre avec Fawzi Brachemi dans son atelier :

 

Vision de la vie. Fawzi Brachemi

Vous dessinez depuis que vous êtes enfant, vos premiers dessins ont été publiés dans la presse algérienne, alors que vous n’aviez que 16 ans. Comment passe-t-on d’illustrateur, de dessinateur de presse, à peintre ? En quoi ces précédentes expériences ont-elles influencé votre travail actuel ?   

Le dénominateur commun entre le graphisme, l’illustration et le dessin de presse, c’est le dessin, et la première étape de mon travail est toujours le dessin. Je trace, je dessine, ensuite, je peins.

De prime abord, le dessin satyrique paraît simple. En réalité, c’est un dessin qui est très élaboré. A l’exception peut-être du dessin qui doit reproduire  une actualité sur le vif, l’illustration, comme le graphisme sont un travail méticuleux dont le dessin reste la base incontournable.

Le dessin de presse, de même que l’illustration, ont l’avantage de « parler » à un très large public, alors que la peinture, elle, semble s’adresser à un public plus averti, amateur d’arts, connaisseur.

La femme est au centre de vos peintures, la femme à plusieurs facettes. Vous lui donnez une place d’honneur dans des peintures où le corps devient paysage dans une parfaite géométrie avec un travail exigeant de la couleur. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre démarche artistique ?

En effet, la femme, dans sa diversité, est ma principale source d’inspiration… Peut-être est-ce parce que  j’ai toujours vécu entouré de femmes, dans une société où sa place était prépondérante, le cœur de la famille. Dans mon enfance, l’Algérie était une colonie française. À cette époque mes grands frères étaient absents et mon père incarnait une autorité qui imposait un dialogue très mesuré. Alors que les femmes de la maison me prodiguaient soins et attention, elles étaient « mon univers ».

Plus tard, à l’adolescence, fortement attaché à cet environnement, la curiosité m’a poussé à m’intéresser à leur « singularité », à leur histoire.  Protégé par le cocon familial, on ne perçoit pas les chagrins, les douleurs, tant dans les rapports hommes-femmes, que les souffrances sociales… C’est en parlant avec elles que j’ai commencé à percevoir les sensibilités, les forces, les blessures cachées. Mon regard, ma perception se sont élargis quand je me suis émancipé de ma famille. Alors, les filles de mon âge ne parlaient pas. En revanche, leurs mère aimaient raconter leurs joies, leurs peines, leurs souvenirs, leurs espoirs… Plus tard, j’ai lu le livre d’une auteure marocaine, Fatima Mernissi, « Le Harem politique », qui a été une vraie rencontre car ce livre a été déterminant dans mon approche et la compréhension que je pouvais avoir de la construction de notre société.

À cette époque coloniale, notre éducation était double. Nous étions à la fois de culture musulmane et de culture occidentale. Après l’indépendance, cette jeune nation avait laissé les femmes s’émanciper. Elles avaient participé à la révolution, nous avions nos héroïnes…  Mais cette extraversion n’a duré que quelques années, et puis, les femmes sont retournées dans l’ombre, pour longtemps.

Le « monde » féminin est tellement riche à mes yeux ; il y a la femme que l’on vénère, sa mère d’abord, puis l’amante, celle qui se bat, celle qui n’est que douceur… Toutes sont pour moi un souffle, une inspiration sans fin, un amour que je traduis en dessinant, en peignant des corps et des visages…

Prière – Fawzi Brachemi

En arrivant en France, dans les années 90, j’ai voulu continuer le travail commencé en Algérie. J’ai quitté un pays en pleine guerre civile, et, parler de la femme dans un contexte religieux me paraissait essentiel. Je l’ai fait dans une BD qui n’a pas trouvé d’écho auprès d’éditeurs français.
Trop polémique, ou provocateur,  je pense.
Alors, je me suis interrogé sur la façon dont je pourrais parler et montrer la femme orientale. La peinture a été ma réponse, le support de ma pensée…

Mes couleurs ont aussi des senteurs de Méditerranée, ensoleillées, multiples, chatoyantes… Je me rappelle les femmes travaillant aux champs, les couleurs vives de leurs vêtements, de la nature, les parfums qui exhalaient d’une nature généreuse…  Ce sont tous ces souvenirs qui entrent en symbiose et imprègnent ma peinture.

Mon travail s’inspire aussi de ma passion pour le graphisme, le design, la photographie que j’ai pratiqués à différentes périodes de ma vie active. Il m’en reste l’attachement et la recherche de la précision dans le dessin, mes traits sont élaborés et précis. D’ailleurs, ce que l’on appelle « la force du geste » ou « la beauté du geste spontané » n’a pas de sens pour moi.

Larme de sang – Fawzi Brachemi

Vous souhaitez affirmer votre identité africaine, « être africain dans son sens le plus large et le plus noble ». Comment cela se traduit-il ?

L’Afrique est en effet  bien plus riche que toutes les images que l’on voit à profusion dans les médias, famine, guerre, sous-développement… Certes cela existe, mais au-delà de ces drames, la noblesse de l’Afrique c’est aussi son histoire, en particulier son histoire précoloniale. Pour ressentir cette richesse, il faut plonger au cœur, dépasser les clichés réducteurs. L’économie africaine s’est nourrie des échanges nombreux qu’elle a entretenus tant avec les pays arabes, notamment l’Egypte, qu’avec les pays européens. Elle a produit des civilisations riches sur le plan économique, brillantes sur le plan culturel, avec un savoir-faire des hommes qui nous impressionnent pour peu que l’on veuille s’y intéresser…

On a l’image de ces griots qui débitent des histoires incroyables… mais ces hommes sont de vraies bibliothèques vivantes qui nous ont transmis l’histoire d’un continent, la vision d’un monde… C’est cette Afrique qui me porte et m’inspire.

Auriez-vous un événement, une exposition d’art contemporain africain à nous conseiller pour 2017 ?

J’expose au Centre Culturel Algérien au mois de mai 2017, avec, pour thème central, la femme dans toute sa diversité… telle que je la vois.

Avez-vous une devise ?

« Point d’humanité sans les femmes ! ».

Fawzi Brachemi

Pour en savoir plus :

Découvrez la page de l’artiste : fawzibrachemi.com

Pour acquérir une oeuvre de l’artiste Fawzi Brachemi => merci de visiter la galerie de Fawzi

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