L’art et la religion: les anciens symboles qui donnent un nouveau sens

Il y a deux décennies depuis l’exposition Africa The Art of a Continent qui a eu lieu à la Royal Academy of Arts de Londres, masques, plaques et figurines avec une signification religieuse étaient mis en évidence parmi les anciens artéfacts et les anciennes sculptures.

L’art africain a été synonyme de cérémonial, de rituel et de spiritualité depuis de nombreuses années. Les artistes contemporains africains continuent à mettre en valeur la religion dans leurs travaux, mais sous un nouvel angle.

Les savants ont souvent décrit la religion comme étant la base du “triple héritage”, dans lequel le christianisme et l’islam ont été introduits dans le continent et coexistent avec les religions indigènes. Le polythéisme n’est pas un concept étranger pour de nombreuses sociétés africaines. Les étiquettes chrétiennes et islamiques peuvent masquer un attachement à un système de croyances indigènes plus ancien – quelque chose que les artistes contemporains souhaitent explorer.

Keyezua, diplômée d’une école d’art, de descendance angolaise, aujourd’hui basée aux Pays-Bas témoigne : “Quand j’exposais mon travail au parlement hollandais, je n’étais pas considérée comme étant un artiste traditionnel africain. Il y avait une différence entre comment les gens perçoivent mon travail et comment ils interagissent dessus”. Selon elle, les africains ont tendance à chercher une signification cérémoniale ou ritualiste à son travail.

Project Stone Orgasms –
Keyezua

Le travail de Keyezua est puissant et controversé. Stone Orgasms, par exemple est une série de collages numériques qui attirent l’attention “sur le fait que plus de 125 millions de femmes et de filles dans le monde souffrent de la circoncision féminine et sont condamnées à vivre avec les cicatrices physiques et émotionnelles pour le reste de leur vie”.

Project Stone Orgasms -Keyezua

Pour les autres artistes contemporains africains, la religion joue le rôle de leitmotiv pour exprimer les problèmes aussi disparates que la mort, le féminisme et le colonialisme.

Bongani Njalo, sculpteur sud-africain, décrit son travail comme une préoccupation avec “ l’homme, la nature, l’univers et l’infini ”. Il dit que c’est à propos de “ la mort et la beauté de la mort ”, inspiré par le passé de sa grand-mère.

Pour beaucoup, le christianisme était le précurseur du colonialisme, apportant une croyance auxiliaire que la pratique des religions indigènes était mal vue. Mais les religions traditionnelles continuent à inspirer beaucoup d’artistes.

 

Via le magazine en ligne ADA African Digital Art, le kenyan Jim Chuchu décrit à travers son travail Pagans: Imagining African Deities “une reconstruction des divinités africaines anonymes du futur-passé, leurs adeptes et les rites religieux oubliés”. C’est aussi sur ADA que la série photographique “Vodoo in West Africa” d’Anthony Pappone, un Italien, examine directement la religion africaine indigène en révélant la pratique continue de l’animisme.

Jim Chuchu – Pagans – Courtesy : ADA

Les artefacts, les figurines et les masques traditionnels continuent d’avoir une valeur considérable, offrant des preuves de la riche histoire culturelle du continent, mais offrant également une image affable de l’Afrique, séparée des conflits et du sous-développement. Cependant, la situation change, et des efforts sont faits pour exploiter l’impact économique et culturel des œuvres d’art.

En tant qu’artistes, nous pouvons créer des projets où nous combinons l’art et la solution aux problèmes africains. ARTS MATTER. Nous sommes dans une position différente par rapport aux pays d’Europe de l’Ouest dans le sens où nous devons résoudre des problèmes. Il s’agit de créer l’art avec un objectif derrière”. Keyezua

En octobre 2015, Arterial Network, une organisation à but non lucratif, qui  regroupe artistes, donateurs, entrepreneurs et institutions, tenait sa 5e conférence d’économie créative africaine à Yaoundé, Cameroun, pour discuter du rôle de la culture sur le continent, avec en tête les objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies.

“Depuis ces dernières années, l’art contemporain africain est de plus en plus vu et il y a un intérêt renouvelé pour les artistes contemporains africains” affirme Jepchumba, un artiste digital kenyan et créateur d’ADA.

La maison Bonhams, tient régulièrement des ventes aux enchères dédiées à l’art contemporain africain, et le travail de plus de 120 artistes et designers africains ont été présentés lors de l’exposition Making Africa, au Vitra Design Museum à Weil am Rhein, en Allemagne.

Jim Chuchu – Pagans -courtesy : ADA

 

Pourtant, il reste encore beaucoup à faire en Afrique. La banque Guaranty du Nigéria est l’une des rares institutions financières à avoir joué un rôle important dans le soutien de l’art contemporain africain, avec à son partenariat avec la galerie Tate Modern du Royaume-Uni.

Pour de nombreux artistes africains contemporains qui ont voyagé, l’Ouest reste leur principal marché. Un grand nombre d’artistes émigrent ailleurs pour avoir un revenu. Pour l’instant, ce sont principalement les organisations non gouvernementales qui continuent de fournir une aide financière plutôt que les gouvernements du continent.

Mais finalement, Keyezua tente de démystifier la vue traditionnelle de l’art africain: «Que se cache-t-il derrière les masques ? Ils feront toujours partie de nos portraits, mais nous pouvons aller au-delà. Les artistes africains contemporains sont plongés et représentent l’Afrique actuelle. « 

 

 

Source: https://www.ft.com/content/45fda820-cee9-11e4-b761-00144feab7de

 

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