Rencontre avec Barthélémy Toguo – Partie 2

La semaine dernière, nous vous présentions la première partie de notre rencontre avec Barthélémy Toguo. L’artiste mondialement reconnu est revenu sur ses engagements et sur son centre d’art Bandjoun Station. Aujourd’hui Barthélémy Toguo partage avec Arts Design Africa ses projets pour l’année 2017.

 

Pour votre exposition Déluge, exposée au Carré de Sainte-Anne à Montpellier, vous avez choisi l’aquarelle pour vous exprimer. Avez-vous des médiums de prédilections ?

J’ai eu la chance d’avoir suivi quatre années d’enseignement classique en Côte d’Ivoire avec le dessin en priorité. J’ai pu maitriser le sens de l’observation, j’ai alors pensé qu’il existait une autre forme d’enseignement artistique.

J’ai ensuite été accepté à Grenoble, qui était à l’époque, une école d’avant garde en France. Je me suis mis à la vidéo, à la photographie, c’est comme ça que j’ai été obligé de m’intéresser aux pratiques que j’ignorais. Ma formation à la Kunstakademie à Düsseldorf m’a donné une approche plus professionnelle, qui permet de rentrer dans la vie active. L’artiste se prend en charge lui-même. Toutes ces formations ont enrichi mes compétences.

Quand j’ai une idée, je cherche le medium avec lequel je serais plus à l’aise pour m’exprimer, illustrer mon travail. Parce que j’ai eu cette approche classique, contemporaine et une dimension professionnelle. Il n’y a pas de discrimination d’un medium dans mon travail.

L’exposition Déluge

Pour parler de mon exposition Déluge, travailler avec l’aquarelle qui nécessite beaucoup d’eau était approprié. Ce côté graphique était approprié. Exprimer la souffrance par la couleur, l’espoir par le vert pour la végétation. L’installation dans la cour avec les cercueils en bois prend tout son sens, et non pas en pierre comme de vrais cercueils. Comment pourrais-je ne pas être sensible aux nombreuses situations de détresse que notre monde rencontre aujourd’hui ? Le « déluge » est là presque partout, les ouragans, les tsunamis, le feu, les massacres, la guerre, l’exil, les naufrages, les frontières qui se ferment.

La couleur, la sculpture, tous ces mediums se mêlent par cette formation très variée. Je peux m’exprimer différemment qu’un autre artiste, qui s’est spécialisé dans un medium.

 

Pouvez-vous partager avec Arts Design Africa vos prochains projets ?

Une de mes fresques a été sélectionné par la RATP pour être installée à la station Château Rouge du métro parisien. C’est une fresque de 3 mètres par 10 mètres, qui célèbre la vie, l’amour entre les peuples dans un quartier fréquenté par la population africaine. J’ai voulu réaliser une œuvre qui rassemble les communautés. Ayant vécu dans ce quartier de 1998 à 2002, cette station représente pour moi le carrefour du croisement des cultures grâce à son marché exotique qui lui donne un charme si particulier qui me touche. Ses cafés, ses restaurants, ses avenues, ses petites rues, ses vues panoramiques en font un quartier magnifique. Son côté multicolore, multiculturel et multi-nationalités me convient, me plaît et m’inspire. Cette station est l’exemple que Paris est une ville qui appartient à tout le monde. C’est une station qui a les couleurs, les odeurs authentiques des pays dont sont issus les habitants. Ses quartiers plus populaires sont aussi indispensables et si intéressants à observer car des personnes d’horizon et d’environnement différents parviennent à cohabiter. Je m’en suis inspiré pour réaliser des têtes bleues qui célèbrent la végétation, la renaissance d’un nouveau monde.

Actuellement nous en sommes à l’étape de faisabilité pour les matériaux, regarder la résistance des cuissons, puisque c’est de la céramique. Je dois peindre sur des plaques qui vont être cuites à une certaine température. Je m’associe avec la Manufacture de Sèvres, avec qui j’ai déjà fait des projets. Cette étape de laboratoire est primordiale, il faut prendre en compte la fixation des émaux, la dégradation que le public peut faire sur le travail. Au printemps prochain, la réalisation se fera sur trois mois.

 

J’ai une nouvelle série de dessins pour rendre hommage aux écrivains des siècles derniers, qui étaient contre l’esclavage et la colonisation. Des auteurs des lumières tels que Diderot, Voltaire, Rousseau qui ont osé dire non, contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Ils ont été prêts à mettre leur vie en danger face a une pratique reconnue depuis plus de quatre siècle.

Cela m’amène à traiter le dessin d’une autre manière, cette fois-ci avec des pastels gras. Avec cette pratique, je découvre une autre technique de dessin, qui est plus physique qu’avec l’aquarelle. La sensibilité de l’aquarelle est absente dans le travail du pastel. Le simple fait d’utiliser mes doigts qui reviennent pour caresser le passage de la craie, nécessite plus d’énergie. Faire et toujours défaire.

Etre artistes c’est tout une vie, se réinventer dans la recherche et les thèmes abordés.

 

Un événement, un lieu à ne pas manquer en 2017 ?

Je vous invite à découvrir la collection Jean Pigozzi, basée à Genève, qui a su rassembler des artistes importants du continent africain, depuis les Magiciens de la terre.

Et toujours la collection de la Fondation Louis Vuitton, avec une sélection de quelques artistes sud-africains sur la période postapartheid avec de l’œil du connaisseur de Madame Pagé, directrice de la fondation.

 

Le mot de la fin ?

Ce qui intéressant c’est de faire et de continuer de faire.

 

Pour en savoir plus :

http://caacart.com/

http://www.fondationlouisvuitton.fr/

 

 

 

 

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