Rencontre avec l’artiste Beya Gille Gacha

Beya Gille Gacha, artiste franco-camerounaise, s’inspire de sa famille multiculturelle et nomade pour créer des sculptures et des installations, qui abordent d’une manière contemporaine et personnelle le perlage, technique ancestrale de différentes cultures d’Afrique. Multidisciplinaire, Beya travaille en lien avec ses sculptures sur des courts métrages et des photographies pour appréhender ses sujets sous différents angles.

Nous sommes partis à la rencontre de cette artiste hypersensible et incroyablement talentueuse.

Venus Nigra – Beya Gille Gacha

Que veux tu exprimer et par quel moyen ?

Je me considère comme une artiste engagée. Multidisciplinaire, j’utilise la création plastique et les arts visuels et numériques pour exprimer autant les incohérences, les injustices, que pour révéler le beau, le sublime … J’ai un côté double, je peux être très sombre et très critique ou user de candeur et d’optimisme dans mes travaux, mais chaque œuvre aborde des thématiques dans l’optique d’améliorer la société.

Certaines œuvres trouvent leur inspiration dans des vécus ; l’expérience de certaines situations me pousse à réfléchir dans un sens plus large à leurs impacts dans la société, leurs racines puis leurs conséquences. C’est un peu comme si, après qu’une difficulté me soit tombée dessus, je prenais du recul, et cherchait à définir si elle est vécue par d’autres, si elle est systémique, et, auquel cas, loin d’être un simple et malheureux hasard, c’est une piste de réflexion sérieuse.

Coupe les bras – Beya Gille Gacha

Ainsi, dans mon processus de création, j’écris premièrement mes réflexions, mes « pensées », puis je conçois toujours une œuvre centrale, une sculpture ou une installation qui symbolise le sujet, et enfin je développe tout autour des créations annexes qui illustrent plus en profondeur ma réflexion ; Ces 3 pôles forment l’œuvre générale tout en pouvant s’utiliser séparément, selon le contexte et ce que je veux y exprimer.

Depuis l’année dernière, et après une certaine période de recherches, je présente des sculptures perlées, autour desquelles je développe des vidéos, de l’audio, des photographies ou des images numériques.

 

Pourquoi choisir ce moyen d’expression ?

La perle ? J’ai grandit dedans. Bamileke de part ma mère, c’est un art ancestral qui est extrêmement riche en productions. Les œuvres et le mobilier perlés Bamileke font parti de mon environnement depuis toujours. Une de mes tantes tâche d’ailleurs au Cameroun de préserver et perpétuer ce savoir-faire traditionnel qui malheureusement risque de disparaître. De mon côté, je me suis éloignée de la technique de mes ancêtres, et j’aborde le perlage d’une manière personnelle et contemporaine, surtout au niveau du sens : perler un objet, c’était davantage pour montrer sa richesse, comme si on l’avait recouvert d’or ; je perle des individus pour souligner leur richesse en tant qu’être humain, car toute vie a une valeur.

Pour les productions annexes, je reprends souvent le principe des mèmes que l’on trouve en abondance sur les réseaux sociaux. De cette manière, je mets en parallèle ou en confrontation le travail minutieux et long de la sculpture, correspondant à la complexité de la vie, avec la fugacité de notre environnement actuel, accentué par l’univers virtuel, qui n’en est pas moins devenu une autre réalité.

O.B.16.05.1994 – Beya Gille Gacha

Quels sont tes combats et tes engagements ?

Ils sont tellement nombreux ! Comme dudit, ma plus grande lutte est celle contre l’injustice, donc mes combats et mes engagements sont presque infinis. Cependant le choix des thématiques de mes productions nait d’abord d’un besoin d’exorciser des traumas à travers mon travail ; de fait, je ne peux me vouer pleinement à tous les sujets que je souhaite aborder sans m’être d’abord libéré de certaines chaînes. Ainsi, j’aborde énormément l’africanité, ou le fait d’être noire ou métisse dans le contexte occidental puis international.

Je porte également ma voix de femme, dans une société mue par les privilèges, responsables de nombre d’inégalités et de violences. Et puis je m’exprime aussi simplement en tant qu’être humain, car je tiens à souligner que j’ai été un être humain avant d’être une femme, et avant d’être noire.

On en arrive à un quatrième thème que j’utilise particulièrement ces temps ci : l’enfance. L’enfance prend une grande part dans ma réflexion car c’est à cette époque de nos vies que nous nous construisons. C’est un combat de lutter contre le formatage et les pressions exercées par le monde adulte, qui nous font perdre cette pureté de l’enfance, au sein de laquelle il n’existe aucune différence malsaine entre l’un et l’autre. Il n’y a que l’émerveillement.

Tends la Main – Beya Gille Gacha

Quels sont tes prochains projets ?

Je souhaite développer l’édition numéro 2 de DES GOSSES, une action artistique montée avec deux jeunes artistes et complices : Baye Dam Cissé et Neals Niat. Cette action vise à questionner la société en assumant notre regard d’enfant, avec les questionnements potentiellement pris comme insolents que ce regard induit. Je prévois également quelques voyages sur le continent, mais je suis surtout en période de création : je développe souvent différentes séries en même temps, notamment une dont les 3 premières œuvres ont été exposées le mois dernier ; il s’agit de la série IDENTITÉS #1.

Je me plais à découvrir et mettre en avant des personnalités, et cette première série s’axe sur de jeunes afro-descendants dont les parcours d’excellence sont contre-clichés des représentations habituelles de la jeunesse noire. J’ai une longue liste de modèles à présenter ce qui fait de ce projet celui sur lequel je me concentre le plus !

K.A. 24.01.1991 – vue de profil – Beya Gille Gacha

 

Retrouvez Beya, très bientôt dans notre galerie !

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