Rencontre dans l’atelier du peintre sculpteur Yao Metsoko

Yao Metsoko est peintre sculpteur depuis toujours. D’origine franco-togolaise son travail fait écho à son ressort créatif dans la symbologie de son enfance. Le patrimoine et la vie quotidienne en Afrique deviennent alors des thèmes majeurs de son quotidien.  Il nous a fait l’honneur de nous ouvrir les portes de son atelier de Saint-Denis et de se raconter tout en pudeur.

 

 

Vous êtes un artiste autodidacte, comment a débuté votre parcours artistique ?

Depuis enfant j’ai eu cet élan pour l’art, très encouragé par ma mère, j’ai commencé à dessiner des représentations religieuses. J’ai donc d’abord eu cet éveil à l’art et puis j’ai approché l’art comme démarche plus technique. Au travers, de mes recherches personnelles, de mes rencontres et de mes aventures livresques, j’ai cherché la maitrise de la matière.

Puis la poésie, le beau de la nature, m’a permis d’aborder l’art en spiritualité. Se raconter de manière subtile et légère, trouver un art fort et puissant comme engagement. Aborder l’art comme élément de réseau et de lien.

 

Comment appréhendez-vous votre travail ?

Je travaille en premier lieu sur la question de l’esthétique, du beau. J’aime réfléchir sur les formes. Puis vient le sens, les idées que je veux faire passer. Je choisis alors les matériaux, les lignes et les formes. Il m’est arrivé de partir sur un travail plutôt ludique, joyeux et purement esthétique. Mais je cherche avant tout à partager mes émotions et à préserver le patrimoine africain. Cette démarche est inscrite dans mon travail artistique.

Vous pouvez retrouver dans ma démarche les forces subtiles, qui s’inspirent des traditions et des forces ancestrales. Il est essentiel de comprendre d’où l’on vient pour pouvoir grandir. Comment ouvre-t-on les voies pour les générations futures, pour servir de support d’élément à nos enfants ? C’est un angle pédagogique, qui me tient à cœur. J’ouvre les perspectives pour dessiner les voies. Cette spiritualité se retranscrit par la symbolique des gardiens, qui protègent la terre mère. J’affectionne la métaphore de l’arbre qui rayonne par son enracinement. Mais à rester trop enraciner, on peut parfois se perdre. C’est avec ce délicat équilibre, que le rayonnement sert à capter la vie.

Le Fil – Yao Metsoko

Vous puisez votre inspiration dans le patrimoine africain, mais pouvez-vous également dire que votre travail est ancré dans l’actualité ?

L’artiste ne peut pas se retirer complètement du monde. Inscrire son travail dans le temps est indispensable. Champ et hors champ, le temps et le hors temps, dans le monde et en dehors du monde. C’est à nouveau un subtil équilibre.

L’art ne doit pas être figé. Je veux garder la liberté de créativité absolue. Ne pas céder à une exigence économique, ce qui réduirait le champ des possibles créatifs.

 

Avez-vous des matériaux, des mediums de prédilection ?

Tout est en fonction de mes aspirations, je peux utiliser différentes techniques, cela passe de l’acrylique, à la peinture à l’huile ou bien à la technique mixte. Je peux également utiliser de l’encre de Chine pour jouer sur les transparences. J’aime utiliser les matériaux où je me trouve. Cela me permet d’être ancré pour explorer de nouveaux horizons. Les matériaux sont des esprits en tant qu’idée.Mon but est de trouver des éléments pour donner du relief, de la signification à mes œuvres.

Je travaille beaucoup la toile de jute, qui est considérée comme une matière pauvre. Comment anoblir ce produit ? Ma position d’artiste me permet de voir ce que les autres ne voient pas. Il n’y a rien de pauvre dans la toile de jute, c’est un élément du quotidien en Afrique, pour conserver le charbon, le riz ou encore le thé. Mon objectif est de donner de la noblesse à ces matières.

A T8 Yao Metsoko

Pourriez-vous nous parler d’un événement artistique qui vous a profondément marqué ?

En 1999, je découvre pour la première fois Ousmane Sow sur les ponts des Arts avec ses guerriers. Ces œuvres m’ont bouleversées par la force évocatrice de son travail. La force de son humanisme est incroyable. Il parlait des autres, pour parler de lui-même.

Découvrir de telles œuvres révèle ce qui est pertinent chez nous pour ouvrir des perspectives. Je me suis alors demandé comment se raconter de manière subtile et légère ? il est important de rencontrer les autres et tenir un langage que chacun peut entendre. Grâce à lui, j’ai appréhendé la grandeur et les grands formats de sculpture.

La Galerie

COMMENTAIRES

  • Bazin Eric

    RÉPONDRE

    Bravo Julie
    Vivement Dimanche
    C top intéressant
    Merci

    19 janvier 2017

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